Déchets: et vous combien ?

Grand défi du XXI’s, les déchets sont scrutés avec attention par la société moderne. A l’occasion de la sortie du film « Waste Land », arrêt créatif sur l’information grand public de la tragédie des déchets : de la publicité (Grand Lyon, ADEME) au packaging (Danone) en passant par les documentaires d’information « Prêt à jeter » et « Le peuple des ordures », vite ça déborde…


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LE DEBUT

L’obsolescence programmée : la base de la production de déchets à grande échelle

Le 24 février dernier, Arte rediffusait le documentaire « Prêt à jeter« , documentaire consacré à l’obsolescence programmée, théorie fondatrice du capitalisme moderne. C’est à cette théorie que fait allusion le Grand Lyon dans la campagne « Et vous combien » avec le conseil : « réparer au lieu de jeter« . Partant du principe « qu’un produit qui ne meurt pas est une tragédie pour les affaires », il a été demandé aux ingénieurs d’inventer des mécanismes pour réduire la durée de vie des produits. Parmi les exemples cités les ampoules, dont la durée de vie a été réduite de 3000 à 1000 heures, ou les imprimantes, qui contiennent une puce bloquant l’impression après quelques années de fonctionnement.

L’ampoule ci-dessous a par exemple été produite avant la limitation officielle de sa durée de vie par le cartel de producteurs Phoebus. Elle est installée à Livermore en Californie et fonctionne depuis plus de 100 ans. Depuis quelques années, un système de webcams la filme en permanence et celui-ci a déjà été remplacé 2 fois. Plus proches de nous, les Ipods, les ordinateurs ou les téléphones sont d’autres exemples d’obsolescence programmée avec la question sous-jacente : à quel rythme changez-vous de téléphone ou d’ordinateur portable ? Cette théorie qui veut que les consommateurs dépensent plus a certes contribué à la création de milliers d’emplois, mais elle a également fait naitre des montagnes de déchets.


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LE DECLENCHEUR

L’art au service de la cause

La prise de conscience générale débute souvent dans les ateliers d’artistes. César, Chris Jordan, George Maciunas, Sue Webster ou Tim Noble font partie des nombreux artistes qui ont travaillé la question des déchets pour dénoncer, pour illustrer, ou tout simplement pour recycler. Sur-consommation, gaspillage ou pollution, leurs travaux dénoncent, accusent ou mettent en perspective.

L’accumulation est une façon privilégiée de mettre en valeur les déchets produits par chacun. Un mois de lecture pour César dans « un mois de lecture des Balois » ou 1 an pour George Maciunas (1973-1974) dont l’œuvre est plus une photo de la société de consommation américaine qu’une dénonciation de la production des déchets. Aujourd’hui cependant, on ne peut pas nier que cette œuvre est le témoin de la consommation de déchets individuel en plus d’être un témoin sociologique d’un mode de consommation occidental.

La consommation de masse est également retranscrite dans les séries américaines « Running the numbers » ou « Intolerable beauty » de Chris Jordan. Skull with Cigarettes est par exemple un photomontage réalisé avec des paquets de cigarette pour pixels. L’ensemble représente une tête de mort. Encore une fois, à ces messages sont ajoutés celui des déchets aujourd’hui. Encore plus choquant et amusant, le travail des artistes anglais Sue Webster et Tim Noble, bâtissant des sculptures à partir de déchets. En ombre chinoises, les sculptures révèlent les consommateurs de déchets : derrière des déchets, des consommateurs. Une façon différente de personnifier l’ombre.

Georges Maciunas One Year

© Chris Jordan

© Sue Webster & Tim Nobles


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LA DIFFUSION GRAND PUBLIC

L’information par la communication : ADEME et le GRAND LYON

En termes d’information grand public, les grandes causes comme les produits ont des cycles de vie. La cause des déchets étant urgente, mais encore relativement récente, les campagnes de communication s’attachent encore à informer et à sensibiliser la population. Cest donc essentiellement un nombre qui est utilisé pour informer le public : notre production individuelle de déchets.

Le Grand Lyon communique de façon institutionnelle avec un teasing mettant en scène une disproportion entre le poids apparent des personnages photographiés et le poids noté à leur côté. 1 semaine plus tard, l’opération « Et vous combien » est révélée. Au cœur de la campagne, un site web permet de calculer une production annuelle de déchets tout en donnant des astuces pour en produire moins. En plus d’être brefs et bien rédigés, ces conseils redirigent l’internaute vers les sites spécialisés. Le meilleur rapport temps/économie pour réduire ses déchets reste l’apposition de l’affichette « Stop Pub » sur votre boîte aux lettres.

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie) a choisi un axe plus graphique avec une campagne dont le poids varie: « Réduisons nos déchets, vite ça déborde ». Le dernier film représente un personnage composé uniquement de déchets qui grossit ou maigrit en fonction des comportements des consommateurs. Il fait écho au spot de 2008 qui montrait une poubelle dont la taille variait en fonction de notre conscience de consommateur. La campagne est également soutenue par un site internet qui communique sur 15 bons gestes pour réduire ses déchets.

Si ces deux campagnes sont plus ou moins exhaustives dans leurs conseils, elles reviennent cependant chacune sur l’obsolescence programmée en conseillant de faire réparer ses appareils plutôt que de les remplacer. C’est notre mentalité qu’il faut revoir à la lumière de ce nouveau paramètre: à la réflexion « cela vous reviendra le même prix de la faire réparer que d’en racheter un », il faudra désormais ajouter la notion de déchets. Si c’est trop dur pour vous, pensez donc « vintage » et payez le même prix pour conserver votre vieux tourne-disque. La révolution prendra du temps.


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LE RETOUR AUX SOURCES

Renvoi aux industriels : réduire la production de déchets, les emballages renouvelables

La bataille des déchets ne se joue pas qu’au niveau de la conscience du consommateur. Elle se joue également au niveau de la conscience du producteur, les déchets étant en majorité composés d’emballages de produits de consommation.

Une 1ère étape de réduction des déchets réside donc dans la limitation de la production d’emballages, dans le recyclage de ces emballages, ou encore dans la production d’emballages totalement renouvelables. Dans ce domaine, Danone fait figure de leader: après les bouteilles Volvic produites à base de canne à sucre, ce sont les bouteilles Actimel qui seront entièrement renouvelables en utilisant cette même matière première. Danone avait déjà également pris une autre décision, celle d’enlever les emballages en carton autour des yaourts de la marque Taillefine. Une décision pas anodine qui entraine des réflexions au niveau du transport et de la visibilité sur les rayons de supermarché. La tendance actuelle du graphisme minimaliste viendra peut être au secours de la disparition des cartons d’emballages.



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LE TRAITEMENT DES DECHETS

Rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme

Après l’idée de l’origine du monde des déchets véhiculée par le documentaire « prêt à jeter », de nombreux films sont réalisés sur les lieux de stockage finaux de ces déchets. Parmi eux « le peuple des ordures » réalisé par Olivier Wlodarczyk qui part à la rencontre des populations et des enjeux autour des déchets des sociétés développées. Un documentaire sur le business social des déchets qui sera diffusé le 12 avril à 2035 sur France 5. Dans la série portraits du nouveau monde de cette même chaine, le webdocumentaire « Carte postale du paradis » réalisé par Poul Madsen & Henrik Kastenskov dénonce les dommages causés par le tourisme de masse aux Maldives. Un paradis dans lequel une île entière a été sacrifiée au stockage des déchets de ce tourisme de luxe.

C’est également aujourd’hui que sort le film « Waste Land ». Filmé sur 3 ans, le film suit le projet de l’artiste NYrkais Vik Muniz de retour au Brésil, dans la plus grande décharge à ciel ouvert au monde, Jardim Gramacho, dans les environs de Rio de Janeiro. Le projet initial de l’artiste était de suivre ceux qui évoluent et qui trient les objets pour recréer leur portrait à partir de déchets. Finalement ce sont des photos artistiques des trieurs, au milieu de leur environnement, qui permettra à Vik Muniz de mieux comprendre ces personnages au fur et à mesure de leurs interactions.

Autre lieu de récupération des déchet, le design. Tandis que certains dénoncent, d’autres lancent une mode. Les designers Fernando et Humberto Campana l’ont bien compris: l’art de la récup’ est l’avenir des tendances de décoration.  Certes, le « recup design » en est encore à ses débuts et tarde à convaincre, mais si on se penche du côté des salons professionnels comme celui de « Maison et Objet » on s’aperçoit vite que cette mouvance est en phase de devenir le « must have « de demain.

© Vik Muniz


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De la conception au recyclage en passant par les innovations producteurs ou consommateurs, la cause des déchets n’en est qu’au début de son cycle de vie. Accumulation, ombres chinoises et nombres font partie des concepts visuels utilisés pour dénoncer et mettre en perspective cette cause mondiale : pour que la production et la consommation de déchets ne soit plus cachée aux yeux du monde. A chacun de faire évoluer cette mentalité au sein de ses habitudes de consommations : acheter en fonction du packaging, trier ses emballages, réparer au lieu de jeter… Aux producteurs de mettre en place des solutions avares en packaging : bornes de recharges de produits de consommation, abandon des sur-protections en carton, emballages recyclables (…).

L’innovation peut et doit se mettre au service de l’économie de gaspillage. La révolution est en marche.