Howtosayhello : l’europe sur le pouce
Focus sur le projet de 2 étudiants de 19 ans qui ont parcouru en autostop les pays émergents de l’union européenne pendant plus de 2 mois. Prétexte aux rencontre, le projet Howtosayhello a enregistré le « bonjour » en version originale de dizaines d’habitants. Rencontre avec Guillaume Asmanoff et Paul Cordonnier au pouce levé.

En sortant de l’emprise familiale et en réunissant quelques moyens, ces 2 passionnés de photographie et de cinéma se sont lancé dans un périple de plus de 2 mois en décrivant une boucle de 5000km à travers 15 pays. Munis d’équipements multimédia, ils ont pu rencontrer, découvrir et apprécier des cultures différentes de la leur. Des palais communistes délabrés en Bulgarie, des nuits étoilés des Carpates Roumaine ou encore des parcs publics à Vienne, ils ont essayé de vivre au plus près des pays en rapportant le plus justement possible leur expérience et leurs rencontres (site internet).
Bonjour à tous les 2, pouvez-vous nous expliquer comment est né ce projet ?
GA - Howtosayhello est né d’une convergence d’idées et de motivations ayant pour buts un développement personnel, des créations artistiques ainsi qu’une envie de montrer que l’Europe de l’est est une destination envisageable avec peu d’argent.
Avec les portraits et interviews des personnes rencontrées, c’est en quelques sortes un humble écho au projet HOME de Yann Arthus Bertrand. Les enregistrements audio et vidéos et les photographies rapportées forment ainsi une mosaïque de portraits sur lesquels chacun et chacune dit « Bonjour » dans sa propre langue.
Enregistrer les « Bonjour » de chacun est un prétexte de rencontre, quel était votre véritable objectif ?
GA - Le but de ce projet est de montrer la vie des personnes filmés durant notre voyage. Une de nos idées était également d’enlever les idées préconçues de notre civilisation sur des pays souvent considérés comme pauvres, sous-développés et encore enlisés dans les ruines des conflits dont ils sont issus.
Quel est votre plus grand souvenir ?
GA - Difficile d’en trouver un seul quand durant deux mois vous vivez des choses extraordinaires. Pour être bref, chaque moment de ce voyage reste un grand souvenir : le réveil au son des lourdes cloches de fontes d’un des plus anciens monastères orthodoxe de Roumanie, ou encore les courtes nuits bombe lacrymogène en mains rythmées par quelques lointains coups de feux. Les souvenirs sont là, toujours présents.
PC – Admirer Vérone et Venise, assister à un concert à Ljubljana ou nager au bord des remparts de Dubrovnik, participer à un festival du documentaire au Kosovo, visiter la plus grande villes de Roms du monde à Skopje…
« Bombe lacrymogène en mains » ?
GA - Oui, nous ne dormions pas toujours dans les endroits les plus rassurants !
Et le pays qui vous a le plus marqué ?
GA - Le Kosovo est un pays qui m’a marqué : être plongé dans un lieu en reconstruction ayant tant souffert auparavant ne laisse pas indemne. Les gens que vous rencontrez là-bas vous apportent un « plus » qui vous manque en tant qu’européen baignant dans le confort et niant souvent le risque et la misère. Les gens se livrent à vous, ils vous exposent leur lourd passé et vous font mûrir.
Nous avons malheureusement trop tendance à porter des œillères quant aux souffrances qui nous entourent. La société dans laquelle nous vivons veut cela, elle encourage l’individualisme. Traverser des pays comme le Kosovo, la Macédoine, la Roumanie m’a fait réaliser ce paradoxe: plus les gens sont pauvres et plus ils vous donnent. Est ce l’argent qui individualise chacun de nous? Le précieux devrait pouvoir se partager et non pas se protéger.
La rencontre la plus marquante ?
GA : Il s’agit de celle d’un inconnu dans un hôtel de Mitrovice au Kosovo. Cette ville toujours sous tension entre serbes et kosovares est un autre monde, surtout la nuit avec les blindés de l’armé qui patrouillent dans les rues. C’était un kosovare expatrié à Chicago. Enfermé dans notre chambre, celui ci nous explique son passé, nous expose la récente guerre qui a sévi à l’endroit même où nous nous trouvions.
Une fois la camera éteinte, il a commencé a rentrer dans une forte propagande pro-Kosovo en nous expliquant les projets « secrets » des albanais en vu d’élargir leur territoire. Sa voix avait changé, son visage était rouge, on voyait vraiment que ce qu’il nous expliquait était très important. Sur le coup, c’est assez déroutant de se retrouver enfermé dans une chambre d’hôtel d’une ville dangereuse avec face à vous un homme qui vous dit de telles choses; c’est un moment dont je me souviendrais longtemps, celui qui m’a réellement convaincu que je voulais devenir reporter.
Si c’était à refaire ?
PC : on le referait, on a envie de prolonger ces bons moments pour découvrir encore plus. Par contre il ne faut pas oublier le retour à la réalité, car cette réalité est celle de la majorité et si l’on veut convertir des foules, il faut être dans la même dimension.
Pour terminer, je voudrais évoquer la musique du film qui je trouve très raccord avec le projet. A-t-elle été composée pour vous ?
PC : Non c’est un morceau du groupe Smooth intitulée « Freedom is a Road » (ils nous autorisent à l’utiliser). Elle symbolise le plaisir et l’envie que nous avions de faire ce voyage en autostop. S’échapper de notre monotonie, sortir de la routine et rencontrer des gens, découvrir des cultures, parcourir d’autres pays avec peu de moyens; une forme de liberté totale, une sorte d’hymne au voyage.
Merci pour votre temps, et bon courage alors pour mettre en place votre exposition et pour monter le film !
Les 2 étudiants préparent une exposition photo en Avignon (Printemps 2011) et un film sur lequel seront visibles les fameux « Bonjours » ainsi qu’une série d’interviews du Kosovo, Monténégro, Croatie, Bulgarie. Seront également visibles les nombreuses photographies en N@B dont feront parties celles ci-dessous réalisées respectivement à Knin en Croatie, à Pristina et Prizren au Kosovo (Juillet/août 2010).


© Guillaume Asmanoff