« Le stress est un élément de la créativité »
Parmi les disciplines de l’illustration, le dessin en direct se fait une place au sein des séminaires, réunions ou conférences. Cette forme de dessin correspond à une mise en danger créative puisque l’illustrateur dessine en réaction à ce qu’il entend. Comment se prépare-t-on à ce type d’exercice, comment gère-t-on le stress de la page blanche ? Rencontre avec GUF, un acteur du dessin en direct.

En guise d’introduction, une petite présentation rapide du dessin en direct made by Guf (attention : nouveau site gufonline.net).
Bonjour Guf ! Nous allons évoquer ensemble ton activité de dessinateur en conférence, appelée dessin en direct, peux-tu auparavant préciser tes activités d’illustrateur ?
Je pratique et propose à mes clients 3 types de dessin : le dessin en direct conférence, l’illustration pour de la presse d’entreprise et le dessin de presse. J’ai néanmoins un peu délaissé ce dernier.

Entrons donc directement dans le vif du sujet, peux-tu nous expliquer en quelques mots le principe du dessin en direct ?
C’est de l’illustration à chaud réalisée pour des conférences, des conventions ou des séminaires. Le dessinateur est installé dans la salle avec les participants et réalise des dessins en réaction aux propos des intervenants. Ces dessins, projetés sur grand écran, sont visibles de tout le monde. Pour ma part, je travaille sur une tablette graphique qui me permet à la fois de réaliser et d’envoyer mes dessins sur ces écrans.
J’anime des plénières de 300 à 400 personnes mais aussi des groupes de travail plus petits. Pour réaliser mes dessins, je prends des notes pour faire ressortir les points fondamentaux dont je synthétise les idées clés. Le dessin en direct est un moyen original de renforcer l’impact du discours des orateurs, il offre en outre au public des temps de respiration dans la bonne humeur.

C’est donc une illustration de ta créativité en direct, comment prépares-tu ce type de conférence ?
La veille, je connais généralement les grands thèmes de la conférence. Il est important pour moi de savoir de quoi on va parler et éventuellement de me documenter. Cela me permet également de débuter mon travail la veille de la conférence, en dormant sur les thèmes : pendant la nuit, j’y réfléchi en effet de façon inconsciente, ce qui contribue beaucoup pour mes réflexes créatifs du lendemain. Je réalise aussi la veille 1 ou 2 dessins que j’emmène en conférence. Mais ces dessins « de secours » sont souvent moins bons que les dessins réalisés pendant la conférence: ils ont surtout pour objectif de me rassurer en effaçant la peur de la page blanche.
Face à cet exercice sans filet, comment gères-tu le stress ?
C’est vrai que la veille d’une conférence je dors peu, même si l’expérience me rend un peu plus serein. En fait, je sais aujourd’hui que le stress est un élément de la créativité qui me permet d’être meilleur et plus affûté; c’est ce stress qui produit une énergie et une dynamique qui est visible dans mon coup de crayon et dans mes idées. Le dessin en direct est aussi un exercice qui fait la part belle à l’intuition. Je m’efforce pendant les conférences de brider une partie de ma réflexion, habituellement très cartésienne.
Le stress est un élément de créativité
J’imagine qu’une autre technique pour gérer le stress est d’entraîner ta créativité. Suis-tu une méthode au quotidien ?
La créativité nait du regard que l’on porte sur le monde et les choses qui nous entourent. Ma curiosité naturelle est donc un réel atout ! J’écoute également souvent des émissions ou chroniques humoristiques en essayant de décortiquer les mécanismes humoristiques utilisés par les auteurs. Parfois ces mécanismes sont applicables au dessin. J’ai également une expérience de théâtre d’improvisation qui m’a permis d’acquérir de bons réflexes pour la production d’idées sans beaucoup d’éléments. Les mécanismes de de-contextualisation, d’associations d’idées, de ruptures font partie des méthodes que j’utilise.
Te fixes-tu des limites créatives pour ne pas détourner l’attention du public du discours des intervenants ?
J’essaie précisément de faire attention à ne pas détourner la concentration du publique. Le dessin en direct a, de mon point de vue, l’objectif de soutenir le discours, de mettre en lumière certains éléments de celui-ci et de synthétiser des idées qui me paraissent importantes. J’essaie de ne pas faire trop de dessins non plus pour ne pas gêner le déroulement de la convention. Les dessins projetés en général sur des écrans annexes ne restent affichés que quelques minutes.

Justement, combien de dessins peux-tu réaliser pendant une conférence ?
Je m’astreins à réaliser 3 à 4 dessins par heure, en sachant que j’interviens souvent sur des conférences d’un à deux jours, ce qui fait beaucoup de production in fine. J’utilise en général la couleur pour avoir des dessins soignés qui dégagent quelque chose de positif. Je propose aussi à mes clients de réutiliser par la suite les dessins réalisés en conférence pour des supports de compte-rendu type journaux internes, sites web ou même réseaux sociaux. Le dessin permet de créer du buzz
En fait ce sont des supports de présentation…
Oui, ils supportent le flux de la conférence, ils participent à la respiration du public. Ils permettent aux spectateurs de prendre un peu d’air et de se reconcentrer. Il ne serait pas bon de leur proposer un dessin toutes les 5 minutes ou de (trop) les faire rire, ils perdraient le fil de la conférence. Le dessinateur en direct ne doit pas dire tout haut ce que la salle pense tout bas; ses dessins doivent être le prolongement du discours des intervenants. Par ailleurs, je fais attention de choisir le bon moment pour publier mes dessins. Il m’arrive de temps en temps de patienter quelques minutes, même si le dessin est prêt, car je n’ai pas la sensation que c’est le bon moment.
Le dessinateur en direct ne doit pas dire tout haut ce que la salle pense tout bas
Peux-tu nous parler de tes autres activités liées au dessin
L’illustration de commande me permet de réaliser des dessins pour de la presse d’entreprise type journaux internes ou brochures. Ma dernière activité est de l’illustration plus libre que j’arriverai j’espère à compiler un jour dans un album. Lors de la naissance de mon fils Gaspard il y a quelques années, j’ai notamment débuté une série de dessins illustrant les différents moments clés de ma vie de jeune père et de sa vie à lui, du haut de ces quelques mois. J’aimerai que ce projet intitulé « Gaspard et moi » voie le jour ; je travaille donc régulièrement dessus. Je partage d’ailleurs ces dessins sur mon blog.(ndlr gufonline.net/blog)

A la lecture de ton site, on s’aperçoit que tes personnages sont assez différents les uns des autres. Privilégies-tu certains caractères ?
Non il est vrai que je fais souvent le pont entre plusieurs caractères et environnements, mais cela me permet de m’adapter plus facilement à la demande et aux discours. Les dessins politiques ne sont pas réalisés comme des dessins pour des brochures commerciales par exemple. Pour moi c’est une vraie richesse de ne pas rester que dans un seul univers.
Au final, tu es capables de commenter l’actualité comme des évènements de la vie d’entreprise ou de la vie de famille. Quelles situations préfères-tu ?
Je pense être moins à l’aise avec les dessins politiques dont on attend souvent à ce qu’ils aient une dimension satirique ou dénonciatrice. Par ailleurs je ne suis pas un caricaturiste, mes dessins transmettent surtout la bonne humeur. Ils peuvent donc s’adapter à toutes situations pourvu que l’on accepte ce ton et ce trait décalé.
Merci Guf pour tes réponses.
N’hésitez pas à visiter le nouveau site de Guf : http://gufonline.net.
