Un 1er livre pour Ivan Roussin : « Fils à Papa »
Deux premières aujourd’hui avec un livre et une interview. Pour son 1er essai, Ivan Roussin (directeur de la communication de Poweo) livre un récit autobiographique traitant de la relation père-fils sur fond de passion footballistique et d’ambition politique. Interview du père de « Fils à Papa » et analyse graphique de la couverture dans la suite.

Avant-propos: si j’avais pu faire cette interview de visu, j’aurais choisi le terrain de football du 8 avenue de Suffren. Situé entre le 6′ arrondissement de son enfance et le 16′ arrondissement de sa résidence actuelle, protégé par la Tour Eiffel et le 8′ arrondissement, lieu de hautes concertations politiques, ce terrain de jeu semble cristalliser l’ambiance de ce 1er livre. Malheureusement, cela n’a pas été possible, et notre discussion s’est faite par téléphone.
Sous un titre provocateur, à la limite du suicidaire, Ivan Roussin nous livre les facettes d’une enfance marquée par une relation à distance avec un père successivement militaire, sous-préfet, député ou encore ministre. Tourné autour d’un ballon complètement rond, ce premier essai nous donne l’aperçu d’une vie entre jeux politiques, joutes familales, et matchs de football. Rencontre avec un directeur de la communication heureux.
Ivan, comment vous est venue l’idée de ce livre ?
Il y a quelques années j’ai lu le best seller de Nick Hornby intitulé Fever Pitch* qui est l’autobiographie d’un fan de foobtall et plus particulièrement du club d’Arsenal. Ce livre m’a donné l’envie d’écrire sur la difficulté d’allier passion pour le football et vie familiale; il devait s’intituler « Chéri, j’en ai marre de ton foot« . Si le concept a plu à un éditeur, le premier manuscrit se rapprochait trop d’un journal de fan pour être publié; j’ai donc du retravailler le concept. J’ai rapidement pensé à inclure la relation que j’ai eue avec un père absent car trop accaparé par ses responsabilités professionnelles. Finalement c’est devenu le sujet central du livre.
Oui car le sujet du livre est bien une relation père-fils, et pas le football…
Le sujet traite effectivement de la difficulté de vivre une relation avec un père distant. Face à la radicalité de ses choix, j’ai très tôt voulu me démarquer de lui pour exister. Et c’est sportivement que j’ai fait ma rébellion en choisissant le football par opposition au rugby, qui avait la préférence de mon père. Ce sport s’est finalement imposé naturellement dans ma vie personnelle et professionnelle et constituait un excellent fil rouge pour décrire ma relation avec mon père.
En plus de ces relations avec votre père, vous vous décrivez adolescent et adulte. N’est ce pas difficile de se mettre ainsi à nu ?
Non, pas vraiment, car les expériences dont je parle dans ce livre sont des expériences de vie assez universelles. Je pense que chacun peut reconnaitre une situation qu’il a lui-même vécue à un moment ou à un autre. Certes elles ne se sont pas déroulées exactement de la même façon, mais les fondements humains sont souvent les mêmes. Par ailleurs, je pense que le difficile équilibre que j’ai toujours cherché avec mon père s’inscrit dans une relation père-fils assez classique.
C’est de la psychologie ! Vous évitez d’ailleurs une bonne séance de psy avec ce livre, non ?
Effectivement, le travail fait autour du livre est intéressant pour moi, mais également pour mes proches qui me reconnaissent ou me redécouvrent. J’ai voulu que le ton du livre soit le plus sincère possible, et d’après les retours que je peux avoir, je pense que c’est réussi. Dans tous les cas, c’est un bon travail de mémoire; je me suis d’ailleurs aperçu que je me souviens de moments à priori non significatifs, comme du modèle d’une voiture, de couleurs, des odeurs, mais que je retiens beaucoup moins les choses plus importantes, comme une présetnation de travail par exemple.
C’est également un travail intéressant au moment ou j’élève moi-même mes 3 enfants. Aujourd’hui par exemple, je fais attention à partager leurs activités et à être présent pendant leur vie. Je fais même attention à ne pas être trop présent, je me le dis notamment quand je me retrouve dans une partie de foot seul adulte autour de 8 enfants…
Votre père a-t-il découvert votre livre seulement fini ?
Non pas du tout, mon père a lu l’intégralité des premiers manuscrits, il a même été très encourageant dans ce projet. Il n’a pas changé une virgule et m’a simplement aidé à préciser certaines choses, comme des noms de lieu par exemple. Il y a découvert certaines de mes réactions et de mes questionnements, mais n’a pas été choqué par mes propos.
Et aujourd’hui, avec le recul, auriez-vous préféré avoir un père directeur de communication d’une boîte plus classique, disons dans l’énergie ?
Non. Il est vrai que mon père a connu un parcours exceptionnel (guerre, haut-fonctionnaire, ministre) et que de mon côté, une de mes plus grandes victoires est d’avoir joué dans une publicité à l’échelle nationale, mais ce ne serait plus possible aujourd’hui, c’est une question de génération. Aujourd’hui nous nous sommes éloignés des modèles militaires que nos parents ont connus; le fait que le service obligatoire ait disparu contribue déjà à ce changement génerationnel. Non, ma fierté c’est plutôt d’assumer mes choix de parcours.
Le football s’invite à chaque moment clé de votre vie, est-ce un hasard, ou une volonté ?
Non c’est plutôt le hasard. Je suis un grand fan du football, mais je ne suis pas un spécialiste de ce sport. J’aime le football pour ses dimensions populaire et culturelle. Si je suis en voyage à l’étranger, j’essaie toujours d’aller voir un match sur place. Si demain je vais à New York, j’essaierai d’aller voir jouer les New York Red Bulls par exemple. C’est vrai que le football s’est plus ou moins invité à chaque fois, notamment sur mon parcours professionnel, mais je n’ai jamais forcé pour. Par exemple chez Poweo, je n’ai jamais poussé de façon irréfléchie pour que la société devienne sponsor du PSG, c’est même plutôt l’inverse.
On ne retrouve pas de signe footballistique fort sur la page de couverture, pourquoi ?
Effectivement, notre volonté sur la couverture était pourtant de mixer les 2 thèmes du livre. Mes premiers montages (ci-après ndlr) mettaient d’ailleurs plus en avant le football, avec une tentative d’inclurele ballon rond, mais nous nous sommes vite retrouvés confrontés à des problèmes d’ordre graphique, voire symbolique (le ballon rond a un côté un peu ringard). C’est mon frère qui a eu l’idée d’utiliser cette photo que je montrais souvent à mes amis, une photo qui rappelle la carrière politique de notre père et qui illustre parfaitement le titre. Les photos en filigrane de lui et de l’équipe du Dynamo viennent rappeler le sujet du livre et son fil rouge.
Pour finir, quel est le plus beau but que vous n’ayez jamais marqué ?
C’était lors du tournoi « But en or » organisé à Clairefontaine**. A la fin du tournoi les équipes sont mixées et 2 équipes sont constituées avec un capitaine ex joueur professionnel. Mon équipe était gérée par Laurent Fournier ou Bernard Diomède, et j’ai marqué. Moment magique. Ce qui est dommage, c’est que les joueurs de Poweo non sélectionnés n’ont pas vu mon but, trop occupés à poser pour la photo officielle.
* Carton jaune est le titre français / ** Les tournois but en or sont organisés pour les entreprises par Sport dans la ville
Marié depuis 12 ans et père de 3 enfants, Ivan Roussin, 39 ans, est passé par la publicité (DDB, Publicis) avant de débarquer chez Poweo en tant que directeur de la communication. Fils de Michel Roussin, haut fonctionnaire et ministre de la coopération entre 1993 et 1994, Ivan Roussin publie son 1er livre, sous un format autobiographique.
Fils à Papa est édité aux Editions du Toucan. Parution 06 / 06 / 2010, format 140*225, 224p, 16EUR.
Un effet rétro dans l’air du temps
Sur la couverture, les éditions du Toucan et Ivan Roussin ont choisi une photo qui nous fait remonter à l’époque de cohabitation entre la droite et la gauche. Nul doute qu’en plus de 20 ans, la photo a du perdre en couleurs vives pour gagner en pastel. Sur cette photo, Ivan, assis sur les genoux de Bernadette Chirac, ressort par l’utilisation zonée de couleurs vives. Un effet rétro correspondant parfaitement aux tendances actuelles comme en témoigne cette récente étude Ipsos. Et le rétro en football, c’est un effet souvent magique…
Sur les appareils numériques il existe aujourd’hui une fonction permettant de faire ressortir des gammes de couleur choisies, c’est peut être la même chose en publicité. Cest en effet utile pour faire ressortir le produit ou tout simplement des éléments clés de la marque. C’est le cas sur cette publicité pour les sneakers italiennes Serafini, ou sur cette publicité so kitch/années 50 pour le yaourt Malo.
Un coté jet set et un côté terroir, pas besoin de plus pour définir le concept-livre d’Ivan Roussin.






